L’Est en West

Perle d’Au


-Aurélie, arrête de jouer au game boy

-Pourquoi?

- C’est pas une vie.

-Pourquoi?

-Aurélie, on traverse le Richelieu sur une plate-forme artisanale, on s’en va à Saint-Denis, un lieu historique important que j’aimerais bien te raconter un petit peu, il fait soleil, il est midi, c’est magnifique autour et tu joues à Tétris

-Il est midi?  J’ai faim.

-… T’as faim parce qu’il est midi?

-Oui.  OK, j’arrête Tétris, mais toi, quand je vais te le dire ce soir, t’arrêtes l’ordi.

-Pourquoi?

-C’est pas une vie.





Les Anges de la route


Curieusement, je suis dans une forme tellurique, splendide — me perdre dans les terres me fait souvent cet effet-là.  (Je suis dans les Bois-Francs, mais bien en peine de dire où exactement.)  J’arrête à une cabane à patates, et m’apprête à commander sans sourciller une grosse poutine (au seul mot : poutine, mon foie vacille.)  La jeune propriétaire, bien en chair, s’appelle Madeleine.  Je regarde Madeleine droit dans les yeux, comme un chat regarde son panier, j’y mets tout ce que je suis, et je lui dis :

-Madame Madeleine, je serai clair.  Faites-moi votre meilleure poutine, plein de fromage, pas trop de sauce, plein d’amour dedans, et je vous la paye le double.

Madeleine me regarde une seconde, interloquée.  Ce n’est pas la première poutine qu’elle vend, pas le premier cinglé qu’elle sert, elle disparaît derrière d’impressionnantes friteuses pour revenir au bout de quatre minutes, les yeux pleins de sollicitude envers le représentant du genre, c’est moi.  Elle prend bien son temps et dit :

-Teeeenez.  Pour vous, ça va être le même prix.

Seigneur…  Sei-gneur.

Qu’est-ce que vous avez toutes à être si belles?

(extrait)