François Jutras, di Freinki, parcourt le monde au gré des contrats signés avec des sociétés dont la première et seule vertu est d’exploiter l’hémisphère sud. Une bombe aérosol à la main, il inscrit sur les monuments son incapacité à s’y retrouver dans ce qui précède l’individu et le fait. Pendant ces années d’errance, il évite soigneusement de parler à sa mère, à qui il ne pardonne pas le sort qu’a connu son père. Mais une rencontre avec un compatriote étrange le pousse à revenir dans le nord de l’Amérique du Nord pour trouver sa juste place dans l’invention de l’univers.


J’ai embelli des êtres, maman, je ne me suis pas privé, et j’en ai salopé d’autres, par la seule force de ma soif et de ma parole. Je pose ce soir ma main droite sur le livre sacré de votre choix et je le jure, oui je l’ai fait, je n’ai laissé vivre des autres que je voulais qu’en moi ils demeurent, j’ai joué au serpent, j’ai été moi-même le piège et la veuve noire.

Mais ce soir, je veux perdre pour de bon la direction du vocabulaire, je veux ramener en pleine lumière ce corps que je vous dois, le rétablir à la puissance seule du poignet, afin de voir le jour, je veux élever les yeux au-dessus de la ligne intolérable des eaux, et reconnaître ici que je suis seul à vous avoir placée au-delà des contingences humaines.


Les Inventés
Québec Amérique, 1999, 301 pages.
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