Si l'on a dit de Jean Pierre Girard qu'il possède l'une des voix les plus fortes de sa génération, c'est en raison du dynamisme de sa prose, de sa capacité à tracer le terrain sur lequel sont littéralement jetés les personnages. En effet voilà bien une écriture qui s'impose, fouille, qui tranche dans la matière, heurte, qui bat, comme on dit du pouls. Sitôt qu'on est convaincu d'être en Amérique, qu'on a reconnu le bitume de la ville et de la route, la prose de Girard choisit d'être ailleurs, ne donnant aux choses un contour précis que pour mieux les soustraire à l'univers objectif et les insérer dans le champ de pensée de ses personnages. Nouvelliste, romancier, essayiste, Jean Pierre Girard a été lauréat du prix Adrienne-Choquette de la nouvelle pour son premier livre, Silences.


Vous ne l'aimez plus comme avant, cet homme, ce n'est plus exactement cela, ce n'est plus l'amour. L'amour est logé ailleurs, désormais, dans les gouttes sur la tôle, sur la vitre près de vous, dans la musique, dans le reflet mouvant des chandelles urbaines, dans la distance éclatante entre la chaise et le lit, dans le temps consacré à regarder ; l'amour est cette lointaine lueur, cette torche résinée suspendue au-dessus de la ville, là-bas, dans la solitude insigne de votre regard, une incandescence qui vous permet de distinguer la silhouette de l'homme assoupi, et ce très léger frisson, partout sur votre corps nu, c'est aussi ça l'amour, vous en êtes sûre.


Léchées, timbrées
L’Instant même, 2009 [1re éd, 1993] 119 pages
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