On a dit de Jean Pierre Girard qu’il possède l’une des voix les plus fortes de sa génération. C’est notamment en raison du dynamisme de la prose d’Espaces à occuper. Il place ses personnages dans des espaces sans cesse différents, les uns apparemment clos, penderie, alcôve, les autres soumis à l’esprit de la route, habitacles d’automobiles ou de camion, accotements de fortune. Surtout, cette oscillation trouve son écho dans une langue qui a choisi de ne pas se fixer, l’oral imposant sa présence avec l’accent d’un caméléon qui irait faire un tour à Joliette, Paris, Trois-Rivières et Saint-Machin, Et qui y va.


Nous sommes rapidement tombés d’accord : préférable de ne pas coucher ensemble (« Plus personne ne couche, han-han, c’est débile, d’accord avec toi... ») mais... coucher, on aurait le temps de voir : pas s’embêter avec ces trucs, pas tout de suite. Du même avis, tous les deux, sur le temps de voir, sur les trucs, la façon de prononcer coucher. Elle a déposé sa main sur la mienne. Elle souriait comme une branche d’épinette bleue dans un sous-bois...



Espaces à occuper
L’Instant même,1999 [1re éd. 1992], 179 pages
ExtraitExtrait.html
RetourBibliographie.html