« Combien de temps ? »
7 avril 2012

Il y aurait lieu de fredonner cette chronique. (Je le ferais à votre oreille si vous étiez là, savez.) Chronique d’une quinzaine de lignes à peine, précédée d’un long préambule (essayez vraiment, malgré l’apparente litanie, de lire à haute voix), une chanson de Stephan Eicher :


« L'ombre de mes cils, un seul regard ; L'ombre de mes cils, comme un rempart ; Le plaisir facile, les amours d'un soir ; Meurent d'un ou-bli subtil, dans le nœud, d'un foulard. »


« Combien de temps ? (la foule, a capella : « Combien de temps ? ») ; « Si on restait face à face sans un mot ; Sans une gomme qui efface ; Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? »); « Et je bois, je bois ; Et je suis… saoul de toi. »


« L'ombre de mes cris, flèches invisibles ; L'ombre de mes cris comme une cible ; Les mots inutiles, sourires illusoires ; À vos questions futiles, je réponds au hasard. »


« Combien de temps ? » (foule: « Combien de temps ? ») ; « Si on restait face à face sans un mot ; Sans une gomme qui efface ; Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? ») ; « Et je bois, je bois ; Et je suis… saoul de toi… Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? ») ; « Si on restait face à face sans un mot ; Sans une gomme qui efface ; Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? ») ; « Et je bois, je bois ; Et je suis… saoul de toi ! »


« Ces jours-là, j'ai de la peine ; À vivre loin, loin de toi ; J'ai de la folie, plein les veines ; Je bois je bois et je suis… saoul de TOI !; Combien de temps ? » (Longue traînée musicale, puis la machine s’emballe :) « Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? ») ; « Si on restait face à face sans un mot ; Sans une gomme qui efface ; Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? »); « Et je bois, je bois, et je suis… saoul de toi… ; Combien de temps ? »  (foule : « Combien de temps ? »)  « Combien de temps ? Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps, combien de temps ? ») ; « Combien de temps ? » (foule : « Combien de temps ? ») « Si on restait face à face, sans un mot, sans une gomme, qui efface, combien de temps ? » (la foule: « Combien de temps, combien de temps, et je bois je bois, et suis saoul de toi ! ») Eicher reprend « …et je bois je bois, et je suis… saoul de toi… ; Combien de temps, combien de temps ; Combien de temps ? Combien de temps, combien de temps ?  Et je bois je bois, et je suis… saoul de toi… » (Et la foule termine : « Combien de temps, combien de temps… »).


Cette chanson-là, en Westfalia, en Beauce, avec Aurélie, il y a dix ans. Terrible et magnifique, de la voir se trémousser sur le siège qu’on dit être du passager, et chanter en me pointant du doigt : « Saoul de toi ! ». (J’ai déjà repris une chanson de Brel, à l’époque — « La quête », pour « 343 Nord », dans « Espaces à occuper », l’histoire d’un trucker nostalgique qui suit un autobus scolaire dans lequel une petite blonde le dévisage —, en demandant la permission de madame Brel, permission accordée. Pour « Combien de temps ? », je n’ai pas demandé à Eicher.  Va me plumer, le gars, ou m’appeler et me remercier, on sait pas.


Mais bref : j’ai pensé intituler cette chronique : « Temps fugitif». Ou alors : « Aimer ». Je savais pas quoi choisir, mais je voulais vous chuchoter ce que vous savez mieux que moi: les êtres que nous chérissons passent comme des flèches dans notre vie. Et nous dans la leur. Alors : Combien de temps ?