Retailles d’hosties
(«Redonner sa dignité à la parole publique»)
5 mai 2012

Madame, je suis soufflé. Sur le cul de lire votre courriel, mais il est symptomatique de choses colossales, alors épaulons-nous pour « redonner sa dignité à la parole publique » (je cite mon collègue Rioux, du Devoir), faisons les liens qu’il faut, afin de maintenir sur pied un monde agenouillé sous les lois, les interdits, souvent les parjures des élus, au point d’oublier le bon sens.


Des retailles d’hosties, donc, et je ne parle pas des titres de manifestations refilés sur le site de la CLASSE (titres manipulés par les manipulateurs ; c’est leur rôle), ni des hosties achetées au dépanneur. Mais plutôt de réflexes vilains, des comportements qu’on adopte spontanément, dans le murmure ambiant, et qui mènent à la sclérose de nos capacités de réflexion en regard des conséquences de ces décisions « spontanées ». C’est la voie terrible de l’obscurantisme, Madame; le sentier des ânes et de l’horreur. Vous permettez réellement, ici, Madame, de mettre en lumière ces gestes quotidiens, en apparence banals, qui aboutissent à la honte que devraient ressentir ceux en qui nous avons misé notre confiance, je vous cite : « Je travaille à une résidence de personnes âgées et j’ai été estomaquée d’apprendre que les chiens n’ont plus le droit de visite. La nouvelle coordonnatrice dit que « cela ne se fait pas ». Marre de ces conneries. Cette fille se contrefout des sourires, du bonheur que ça peut apporter de voir un animal, le caresser. Bourrer les vieux de médicaments jusqu’à les geler, ça, pas de problème, c’est légal... Société malade. Vous aviez raison de dire que le monde était fou. Je le lui ferai savoir. »


Madame, je salue les gestes citoyens que vous vous apprêtez à faire. Réfléchir, et dire. Ce sont des actes glorieux. Dans ce monde de règles, un monde que le pouvoir en place souhaite aseptisé, atrophié, consentant, un troupeau quoi, vos décisions, vos prises de positions, sont vitales.


Certains mollusques attribueront à votre action des sobriquets démagogiques, ils vous démoniseront, mais ce printemps s’annonce génial pour confondre les larves, pour saisir le pouvoir prodigieux des mots, et pour repérer ceux qui en abusent, qui posent des bombes sémantiques et ensuite raillent leurs victimes. « Enseignants, enseignez ! », vomissait récemment un de ces invertébrés, dans une confondante logique binaire des relations humaines. (Abject culot: aussi bien crier: « Chômeurs, chômez ! » ou: « Incendiaires, incendiez ! ». L’éthique de ces putrides interventions ? Nulle part, ne cherchez pas. Ces individus sont capables de se réclamer de Sartre, de Aron, d’Aristote ou de Jésus, quand ça leur chante. C’est de la démagogie qui pue.) Des boutefeux flamboyants se sont ainsi emparé des tribunes, par le langage. Ils provoquent, par le langage, ils prennent les moyens pour se faire voir, crachent et injurient, ce sont les goons des médias, et ils se disculpent des conséquences, suivant en cela des règles qui rappellent la défense moyenâgeuse d’un territoire, je la trancherai cette tête, voilà ce qu’ils pensent, comme votre coordonnatrice qui refuse spontanément les poils de chiens, sans chercher plus loin.


Rétablissez notre honneur, Madame, je vous en prie, en utilisant le langage vous aussi, mais sans verser dans leur provocation. Avec cet article, il est tard pour moi, mais sachez que j’ai les adverbes pour les faire payer à leur propre roulette russe de merde, ne vous inquiétez pas. Pour vous par contre, c’est le temps du « Dire ».  Pacifiquement, et fermement. « Redonner sa dignité à la parole publique », que ce soit votre premier ministre, un incendiaire de gazette populiste ou votre chroniqueur du jour : la dignité. Ne laissez aucun menteur à la tête des pays ou des tribunes. Nos citoyens, nos étudiants, nos enfants, nous en font présentement la preuve éclatante.


Je vais me procurer un sachet de retailles d’hosties, là, Madame. Ensuite, avec mon olifant (comme Roland de la Chanson de), je protégerai vos arrières. Cette chronique est un engagement envers vous.