Désolé
30 janvier 2016

Je ne croyais pas vous retrouver en 2016 avec des sujets pareils, vastes et pluriels à la fois.


Je croyais parler un peu de la Presse +, de la réduction des nouvelles, de la désinformation subséquente, voire inhérente, un peu du Canadien et de ses déboires. Et de Mathieu, aussi, un collègue aux idées foisonnantes.


Des bombes, de Ouagadougou, un hôtel où j’ai séjourné, et où des tas de québécois sont morts au début du mois, je voulais parler de la devanture de cet hôtel-là, à l’époque pas fini, qui abritait la délégation de L’Organisation Internationale de la Francophonie, dont je faisais et fais toujours parti.


Je voulais parler doucement du suicide, de la fin, de l’espoir, des lumières diffuses dans les sapins de Noël aux branches enfin recouvertes de neige, d’une rivière à laquelle on donne un nom, de comment on peut égorger l’information quand on la confond avec la vérité, de mes nouveaux étudiants, de 4-5-6 qui font 7-Alice, des affaires simples et belles, en somme, d’un clavier électrique.


Je suis désolé.


Je suis comme effondré, mais vaillant aussi, je crois, on me confie des affaires, je vois des affaires, je discerne tellement de ferveur, mais peut-être que je l’invente aussi, elle ne serait pas moins vraie, j’ai assisté à des réunions aujourd’hui et hier, et tous ces gens, je vous assure, ils sont absolument beaux, je ne sais pas trop quoi dire d’autre, il y avait même une policière, Sonia je crois, habillée en policière, ça faisait très sérieux mais très cool aussi, je lui ai posé deux questions, elle m’a répond (c’est une vieille tournure rurale : j’ai répond ; j’ai tond mon gazon, etc.).


Je reçois des mots immenses, du reste.

Et je ne sais pas souvent quoi faire avec, on dirait la fée clochette sans son don.

Il y a des morts, des recrues, des vœux.

Des enfants partis, des aveux, des confidences.

Il y a des regrets.

Des femmes, des hommes, qui me disent « Enfin ».

Des gens aussi qui s’enlèvent la vie.

Je l’ai mentionné, mais ça me poursuit.

Des chutes, des glaces, des silences nécessaires.


Et tout est nourriture.


Comment savoir à quel point nous avons été assez silencieux pour aider quelqu’un, ou seulement pour ne pas lui nuire ? Comment faire savoir que nous sommes simplement là, disponible, et qu’entre humains il n’y a guère que ça à faire parfois.


Je reçois des pensées aussi, des pensées de ces gens près, très près de ceux qui restent, quand d’autres ont décidé d’en finir.


Je ne suis pas de taille, faut croire. Je n’y arrive pas, cette semaine. J’ai plein de choses à vous confier pourtant.


Ce sera une très courte chronique de lumière, je l’espère.


Belle année à tous.