Bonjour au jour ; créer
30 avril 2011

Semaine six; printemps bien ancré cette fois, je vous souhaite soleil et balcon (s?) — sur celui de Joanne, si vous êtes chanceux, et si elle est là en même temps, profitez-en.


Vous êtes les seuls à respirer l’air que vous respirez. Les seuls à voir ce que vous voyez. Prenez moi pour un crétin, je vous en prie, d’autant que je le suis sans doute, mais si d’autres peuvent lire cet article, vous seul êtes assis sur cette chaise, ce banc, devant ce journal. Cette simple évidence, vertigineuse, est une porte d’entrée sur laquelle il suffit de s’appuyer doucement pour qu’elle ouvre, et elle aboutit sur une quotidienne joie. Je le jure.


Je vous suggère aujourd’hui d’inventer votre propre taï-chi, de trouver ces mouvements qui vous conviennent, de vous crisser de la bonne façon de faire, tout ce qu’on vous enseigne, cette foutue « bonne manière », et de saluer chaque jour, soleil ou pluie, exactement pour ce qu’ils sont: une bénédiction, une occasion, une chance immense. À votre façon.


J’ai l’air un peu beurré en vous suggérant ça (d’autant que je recevrai des dizaines de courriels de bêtises de toutes les compagnies de yoga, de taïchi et de pilatessssse de l’hémisphère nord), mais je reste persuadé que passer à l’invention de sa propre forme, donc accéder à sa propre création, aide à faire de nous des êtres pacifiques. Créer. Qu’est-ce que j’ai à inventer, ici, aujourd’hui ? Amenons ainsi de généreuses bouffées d’air à nos poumons, dans la brume du matin ou avant souper, sans contrainte de temps ou d’exigence de lieu, en attendant en ligne, assis en voiture devant un interminable feu rouge comme il y en a sur la 131, ou juste ceci, peut-être : respirer deux fois en pensant que d’autres êtres vivants font la même chose, dans leur habitacle, leur sous-sol, leur jardin : ils essaient, comme nous, quelque chose de pacifique.


Seul avec le mur de la chambre, donc, dans l’herbe, dans la cuisine ou la voiture, 8 secondes ou 8 minutes, devant une personne aimée ou devant sa photo, pas de contrainte ou de performance, pas de sermon pas d’homélie, juste célébrer que nous vivons, et reconnaître une fois pour toutes que la poésie est moins dans les livres que dans le regard de ceux qui les lisent.


Je vous suggère ces trois ou quatre mouvements (que je vous demande aussi de passer à la moulinette, car je crois qu’un créateur efface ses propres traces, ne suivez pas ce que je dis, inventez tout, gardez seulement les voyelles qui vous inspirent, et conservez un sourire pour le conducteur de la prochaine voiture près de laquelle la vôtre attendra — longtemps, si c’est la 131).


Que chacun déniche son propre bonjour au jour. Ce serait cool. D’autant qu’à partir de lundi soir, élections, il faudra retenir notre respiration un bon moment.