Clavardage III. Suis à Bruxelles, capitale européenne nichée dans un pays sans gouvernement depuis deux ans, et je pense à vous. (Eh : de la vraie drague.)


Lexique et langue maternelle, disions-nous — pas de cadeau (notamment parce qu’on charge les profs de littérature d’enseigner aussi le français, ce qui est honnête, mais dans les faits, la littérature n’a rien à voir avec l’enseignement (pour peu qu’elle n’en soit pas le contraire, d’ailleurs). La littérature ne cherche pas la faute, certes, mais elle l’admet, voire l’épouse. Elle ne cherche pas la diagonale, mais elle souhaite la voix singulière. Elle exige la maîtrise d’une forme (la langue), mais pour mieux la dépasser, la transgresser. Le rapport à la littérature est un rapport symbolique, qui n’a pas grand-chose à voir avec la grammaire. (Vous voulez apprendre à écrire? Allez lire Darwin, même traduit; il écrivait très bien.)


Un traité de botanique serait donc tout à fait approprié pour enseigner l’accord des participes passés, rien à voir avec Molière qui est un anarchiste, avec Voltaire qui ne pouvait pas sentir Rousseau, avec Michel Tremblay — je ne suis pas fou de son œuvre, mais Dieu sait qu’il est maître dans l’art de faire une faute géniale. Ils sont tous dans le champ parce que c’est là qu’ils veulent être. Leur place est accessoire dans le Grévisse, mais ils maîtrisent parfaitement la langue.


Mon rien de la semaine : les fréons — en complément de la réflexion sur le clavardage. Nous avons évoqué l’importance, et parfois la nécessité, de poser un non pacifique devant certaines inventions de merde qui ont toutes les apparences de la pomme et qui cachent plein de vers. C’est un devoir. Or.


À la fin des années quarante, on a inventé le réfrigérateur. (Il remplace les blocs de glace dans les chaumières, et permet de conserver la viande plus longtemps. Super.) Le réfrigérateur est installé sur une nouveauté qu’à cette époque on trouve géniale : les fréons. Or.


Vers la fin des années quatre-vingt, on comprend que les fréons sont la principale cause du trou dans la cause d’ozone, en Arctique, un trou qui fait que les rayons ultra-violets nous tombent directement dessus, maintenant.  Oups. On aurait pu y penser avant. Hausse des cancers, des maux de gorges, des maux de tête.


Il y a donc des inventions immédiatement rentables auxquelles nous pourrions réfléchir davantage avant qu’elles nous contaminent.


Retour au clavardage : plein de créativité, de vitesse, de joie, olé-olé. (Super.) Mais si le clavardage (et notre laxisme) était le fréon du début de ce troisième millénaire ? Je ne dis pas que le T’chat va nous polluer, nous enfermer dans le concept et l’efficacité froide, nous faire perdre le sens de la nuance, nous précipiter dans le vomi de la vitesse à tout prix et nous donner le cancer, mais je serais un irresponsable patenté de ne pas poser la question.


Il pleut encore ici, c’est la Gelbique. J’ai un peu froid d’ailleurs. Arrêtez de rire, au Québec au moins c’est fini la pluie.


Clavardage III : 
T’chat, suite et fin ; les fréons
28 mai 2011