Trilogie identitaire III
Porter le nom du père
26 novembre 2011

Troisième étape de notre trilogie, élément explosif qui me vaudra plein de mémos doux ou furieux, mais allons-y carré : les femmes ont le privilège de porter l’enfant — oui : privilège ; demandez autour de vous, c’est l’expérience la plus nourrissante de leur vie ; pas facile, mais marquante. Alors, en contrepartie, disons, pourquoi les hommes n’auraient-il pas cet autre privilège, celui de donner leur nom à cet enfant ? On parlait d’équité entre les sexes ? Pourquoi ne se fonderait-elle pas dans ce geste d’amour ? (Patriarcat reconduit? Recul des « droits » des femmes ? Chroniqueur réactionnaire ? Ajoutons qu’il est misogyne, tiens, et discréditons sa pensée. Voyons donc : si j’y vais aussi carrément, c’est justement pour ouvrir une discussion peut-être occultée par les progrès féministes — admirables en Occident — depuis trente ans.)


Hypothèse III, donc: pourquoi pas le nom du père, et basta pour ceux qui préfèrent les réflexions en cage : questionnons ensemble ce rien qui siège au cœur intime de chacune de nos vies. Quel est le vrai problème à l’idée de donner le nom du père ?


Nous vivons dans une société matriarcale qui refuse de se nommer ainsi. (Mon papa était « persona non grata » dans la cuisine de ma mère; quand il y entrait, c’était pour exécuter les ordres stricts de ma maman — que j’adorais, par ailleurs.) Les hommes, sans qu’il n’y paraisse, respirent souvent à la manière de leur femme et vont changer l’huile du char. Ils ne sont pas soumis, mais plutôt dépendants, dans une certaine mesure, de la parole de la femme — entre autres parce c’est elle qui leur apprendra la vérité sur leur condition d’hommes, voire de pères. (La femme, en effet, pourrait se taire, et laisser l’homme ignorant de la vérité. En terme symbolique, c’est titanesque.) La femme porte la responsabilité colossale de révéler, et l’homme doit supporter de dépendre. C’est fou, mais c’est ainsi. La femme, pour vivre, pose la main sur son ventre et « sait ». L’homme, pour vivre, doit « croire ». Et que fait ce con ? Il invente les guerres, les religions, la politique et les vidéos Jackass. Et qui sait si les plus imbéciles ne transforment pas leur dépendance en violence ? Je récuse cette violence, de toute mon âme, et je ne ramène surtout pas cette équation à une seule variable, mais j’essaie de regarder de près chacune d’elles, de comprendre un peu plus. Il n’y a pas de rôle secondaire dans l’affaire — et nous ne réglerons pas cette question en une chronique, mais regardons-le en face, bonté divine, essayons de l’aborder.


Nous sommes dans un virage de l’histoire, le bout de la trajectoire d’un balancier, à la suite de décisions politiques prises dans des perspectives de raison, de « droits », « d’égalité » (toutes des approches honorables, mais qui évacuent les autres dimensions d’une réflexion plus globale à propos de l’ordre humain). En plus simple ? On s’enfarge dans les fleurs du tapis. De part et d’autre, on prend des conversations de salons pour des droits. Et on permet surtout, ce faisant, à une certaine vrille de déductions sommaires de dominer la pensée. La suite est simple : comptons sur cette vrille pour nous tenir en joue, en laisse, elle ne demande que ça, elle prétendra entre autres que les Marianne de ce monde (égérie des Français, toile de Delacroix, capiteuse blonde aux seins nus qui menait la révolution) sont toutes des battantes heureuses de porter les armes et de verser leur sang. Eh bien c’est faux : il y a des Marianne héroïques, vitales, plus discrètes peut-être que la Marianne de Delacroix, mais qui ne sont pas moins volontaires ou engagées, totalement, dans leur monde. Et les hommes qui minimiseraient leur définitif courage, et la bonté et la beauté qui jaillissent grâce à elles, sont tout simplement des porcs.


Les trois mousquetaires étaient quatre ? Alors la trilogie s’ennoblira d’une quatrième chronique, la semaine prochaine: « Ma fille m’appelle Papa ».