Chronique de riens
26 mars 2011


Les détails, ah…  Les détails.

Léonard de Vinci

Carnets



Riens, oui, au pluriel. Dans ce monde bardé de nécessités, j’aurai la cruauté et l’immense privilège de m’adresser à vous chaque semaine, de vous inviter à la joie et de vous raconter n’importe quelle patente.  Des choses triviales, anodines, à l’opposé de tout ce dont on vous mitraille comme attitude à prendre, révolte à nourrir, comportement à adopter, mais des banalités qui marquent cependant de manière décisive la trajectoire de nos vies.  Je m’appelle Jean Pierre, certains disent que je suis écrivain, mais je suis aussi prof, papa, gérontologue, dresseurs de loups, orphelin, vulnérable, toutes sortes d’affaires — je vous invite à me lire à haute voix d’ailleurs, c’est pas une blague, essayez.


Nous partons tous, le matin, gorgés d’espoir.  Nous fêtons la Noël et la pâque en hurlant au-dessus des dindes ce qui serait le mieux pour la région, le pays, l’humanité, et nous le crions parfois très fort, sans respect.  Mais le silence un jour revient, et quand on est seul, on se rappelle que le mieux est l’ennemi du bien, que nous avons peut-être froissé quelqu’un pour toujours, nous replaçons alors une mèche de cheveux, nous enfilons le même t-shirt que la veille, nous nous demandons si notre décolleté n’est pas trop plongeant, si nous aurions pu donner un dollar de plus à la dîme — on jouait avec ce dollar du bout des doigts, dans notre poche —, nous avons mal à la gorge, nous regardons comme des veaux une émission insipide, et ça nous repose. Des riens.


Nous sommes des êtres de projets majuscules (Paix sur terre, Santé, Environnement), mais à cinq heures et vingt-cinq, le soir, ça prend du lait 1%, de la moulée pour le chat, et…, et quoi ?  Oublié.  Nous sommes immenses dans nos vœux, gracieux et sublimes, mais dans la réalité, nous sommes tout petits, vulnérables et néanmoins vaillants, des êtres de détails, un sourire, une porte retenue afin qu’un vieillard profite de l’ouverture, une réplique disgracieuse que nous taisons, un café offert à un ami, un pourboire en forme de fleur à Nicole, de La Grange, ou à Nancy, au Picardie. Des riens.  (Du lait, de la moulée et… ah, papier de toilette, voilà, dépanneur.)


Il peut arriver que je digresse, dans ces chroniques.  Monsieur Jean Charest, le Proche-Orient, Carey Price, le T’chat, les vieux (qu’on appelle maintenant des PA, franchement…), la bière belge, PKP, 30 images/secondes, Anne Hébert, Aristote, tout le monde va y passer, mais toujours assez cool, je précise, comme une paparmane — faudra d’ailleurs vérifier si paparmane tombe sous la réforme de l’orthographe, graf, graffe.  Toujours assez cool, disais-je, notamment parce qu’au passage, on la fera, la différence essentielle entre un débatteur et un polémiste, on se demandera si un démocrate digne de ce nom peut réellement être un homme impatient, et si on peut utiliser le code Morin comme un gouvernement majoritaire impose le bâillon — on en a le droit, certes, mais où est le sens de l’honneur ?  (On verra aussi que le droit n’a pas grand-chose à voir avec le bon sens, ou la justice.)  Ça va ratisser large, vous verrez.  Et ce sera pas triste.


Pouvez m’écrire et me suggérer vos riens : lui@jeanpierregirard.com