Été
22 juin 2013

Savez, je ne vaux pas mieux que vous au jeu des suggestions, mais je retiens la demande de plusieurs lecteurs, ma maman aurait aimé cette politesse (elle interdisait en outre qu’un homme mange en camisole en présence d’une femme…), et je vous soumets quelques directions. Peu de bouquins récents, toutefois, comme quoi revisiter un livre devient en soi une formidable expérience esthétique — ce qui est mon salut estival à Claude R. Blouin, trouvez-le sur la toile.


D’abord, pour le gracieux, le nécessaire, le vivant ; ce qui ouvre vraiment les valves : « L’origine des espèces », de Charles Darwin, et « Une brève histoire du temps », de Stephen Hawking. Paf.


Ensuite, pour la fougue à opposer aux vagues là où vous verrez la mer, là où vous l’inventerez, quelques essais qui dérangent et apaisent : « Le droit de mentir », tout petit recueil (des textes de Benjamin Constant et Emmanuel Kant) ; « Carnets 1978 », d’Albert Cohen (83 ans au moment de l’écriture, un bijou), et « Cet incroyable besoin de croire », de Julia Kristeva (j’en entends déjà : « Pas elle… »), mais il s’agit sans doute de son essai le plus simple.


Pour accompagner le hamac : « Le loup des steppes », de Hermann Hesse, incontournable, « Péchés innombrables », de Richard Ford (sur mon podium des écrivains états-uniens vivants), et deux des lauréats du prix des 5 Continents, dont le Collectif d’Écrivains de Lanaudière assure le jury (avec des comités français, sénégalais et belge) : « La perfection du tir », de Mathias Énard, en 2004 (l’histoire d’un « sniper » sur un toit, attachez vos bretelles), et bien sûr, « Il pleuvait des oiseaux », de Jocelyne Saucier, notre belle québécoise lauréate en 2011. Autres québécois : « Amazone », de Josée Marcotte (saisissante histoire sur l’affrontement hommes/femmes), « Les Aurores Montréales », de l’essentielle et rare Monique Proulx, la correspondance entre des auteurs québécois et ceux des Premières Nations « Aimititau ! Parlons-nous », sous la direction de Laure Morali, et une anthologie québécoise de poésie, « Marcher avec Saint-Denys Garneau », publiée chez Champs Vallons, éditeur piloté par l’infatigable Ginette Trépanier, qui donne à lire plusieurs poètes, dont Donald Alarie, Jean-Paul Daoust, Suzanne Joly, Émilio Francescucci, Louise Warren, entre autres, de Lanaudière.


Et enfin, dans la catégorie très large de ces gros bouquins dits « d’été », dans lequel vous pourrez vous laisser béatement couler : « Le chant de monde », de Jean Giono, magnifique ode à la vie, « Le maître des illusions », de Donna Tartt, un vrai de vrai thriller impossible à quitter, et « La traversée des apparences », de Virginia Woolf, premier roman de cette grande féministe, qui annonce l’importance capitale de son œuvre.


Moi ? Je lirai « Le maréchal absolu » de Pierre Jourde, parce qu’un critique français que je ne supporte pas l’a encensé, je relirai un Gary et un Kundera, c’est sûr, et peut-être la Bible, aussi. Sérieux. (La Bible est probablement le premier roman, d’ailleurs, contrairement à ce que décrètent les conventions modernes, en tablant que ce premier roman nous arrive à la Renaissance, l’œuvre de l’Espagnol Cervantès : Don Quichotte.)


Voilà.


D'intolérance, d'envie, de gloire, de notoriété, de convoitises, de richesse, d’hostilité, de léchage de bottes, de mensonges, de trahisons, de pouvoir, de rancunes, de silences forcés, de menaces, de promesses reniées, de railleries, de malice, de décrets, de jugements, de perfidie, de bassesses, de flagorneries, de ragots, d’impressions surfaites, de semonces, de hargne, de klaxons furieux parce que vous êtes trop lent, de flatteries, de commission d’enquête, de mairie de Montréal, bref de tous ces crissements de pneus dans votre tête, je vous souhaite tous très loin de ça, cet été. (Pourquoi ce fiel, d’ailleurs ? Ces dérapages, ces affronts, ces mémos larvés de sécheresse plutôt que de souhaits ? Est-ce notre façon de vivre, de consommer, de juger qui nous amène à tant de rage ? Désirons-nous réellement léguer cette rage à nos enfants ? Oh. Suis déjà à l’automne. Désolé.)


Très, très bel été à vous. Pensez à vous faire plaisir, svp, c’est essentiel. Comme ils le disent dans les avions, si les masques tombent (expression déjà succulente), vous passez d’abord le vôtre, et ensuite celui de votre enfant. Comme quoi il faut savoir dire « Je », avant de dire « Je t’aime ». C’est dans l’ordre.


De retour début septembre.