Pour Réjean Olivier
16 mars 2013

Monsieur Olivier, bibliothécaire et agent actif de la diffusion de la littérature dans Lanaudière, a mis sur pied un nouveau projet, une « courtepointe » réunissant plusieurs écrivains de la région, qui eux-mêmes racontent une anecdote ou un fait cocasse concernant leur parcours. Le « mur » ainsi érigé offre un regard original sur le travail de création dans notre région, et souligne la vitalité de notre littérature — ainsi que le dévouement de ce grand monsieur. La particularité de cette courtepointe est d’exister, jusqu’à maintenant du moins, uniquement sur la Toile (téléchargez le livre à l’adresse http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/bs2272390, déposez-le sur le bureau de votre ordi, et parcourez gratuitement des épisodes savoureux racontés par des écrivains et artistes d’ici).


Comme remerciement à Réjean, j’ai pensé consacrer cette chronique à sa courtepointe, d’une part, et lui offrir une deuxième anecdote. (La deuxième, oui, et non pas la seconde — on commet souvent cette petite erreur entre second et deuxième. Exemple : si vous avez trois enfants, votre deuxième est le… deuxième, alors que si vous avez seulement deux enfants, votre deuxième est le second, puisqu’il n’est suivi par aucun autre. Allez voir la différence entre benjamin et cadet, etc.) Des riens comme ça, de véritables niaiseries en fait, qui meublent nos soirées de scrabble, une tisane sur le bord du jeu, et parfois un bouchon de genièvre dans la tisane.) Bref, deuxième anecdote offerte à Réjean, pour le remercier de son initiative (oui, c’est dire qu’il y en aura peut-être une troisième).


1997. Jeux de la Francophonie, à Madagascar. (L’équivalent francophone de ceux du Commonwealth : athlétisme, saut en hauteur, décathlon, etc., mais ils ont la particularité de présenter des disciplines culturelles : sculpture, danse, conte, etc., et littérature.) J’ai l’honneur de représenter le Québec avec une nouvelle intitulée « Le Donateur » (publiée dans « J’espère que tout sera bleu ».) Antananarivo, capitale de l’île qu’est Madagascar, a été lavée et astiquée, littéralement, avant l’arrivée des délégations, et nous habitons un village olympique fortifié, avec des murs d’enceinte au sommet desquels des tessons de bouteilles de Coke ont été coulés dans le béton pour éviter les intrus. Au village, les artistes sont logés dans le même chalet, comme les Gaulois dans Astérix. (Sans blague, nous nous couchions à l’heure où les Roumains se levaient pour leur jogging.) Drôle d’ambiance, je vous avouerai ; mais quelle expérience.


Le jury « Littérature », présidé par Bernard Pivot, allait accorder la médaille de bronze au « Donateur », mais nous ignorons les résultats des délibérations avant la remise des médailles. Dans un stade couvert bourré à pleine capacité (20 000 places), les disciplines sont tour à tour nommées. Michel Faubert reçoit la médaille d’or en conte, Marie-Jo Thériault la médaille d’argent en chanson contemporaine, et moi le bronze. En entendant son nom, Michel descend les longues marches, emprunte le tapis rouge, reçoit sa médaille (juste se rendre au podium, pendant les applaudissements polis de la foule, prend plus de deux minutes). Marie-Jo lui emboîte un peu plus tard le pas, mêmes applaudissements d’usage, un peu lassés — on a hâte de voir les « vrais » athlètes, semble-t-il.  Encore plus tard, mon nom est prononcé dans le stade, je serre des mains, descends les marches avec l’adrénaline qu’il sied à cette nomination, je suis très content. Je foule le tapis rouge, toujours sous les mêmes applaudissements courtois et dispersés, et à dix mètres du podium, je trébuche dans mes bobettes je suppose, et viens près de m’affaler sur le tapis, ma main gauche touche le sol, mais je reprends inexplicablement mon équilibre — joie d’avoir été sportif, les trois points d’appui au football. Et là, une fois mon équilibre retrouvé, ovation dans le stade…Voilà comment on a l’air fou devant 20 000 personnes.


C’est à une cinquantaine d’anecdotes semblables que vous convie l’infatigable Réjean. Merci, vieil ami.