Suggestions de lecture
16 juin 2012

Quoi lire cet été ? OK, mais pas de livres de cuisine ou de croissance personnelle, d’accord ? Il y aura certains bouquins récents, mais pas beaucoup. Et il y aura surtout ce camouflet joli (par définition, le camouflet est une plaisanterie avant d’être une insulte) à l’endroit de la sottise, celle qui veut que l’été, on lise des niaiseries pour se reposer. Donc.


Essais.

« Pourquoi lire? » de Charles Dantzig (Poche 32306).

« Vivre ne suffit pas » de Jean Désy, québécois (XYZ).

« Et si l'amour durait » d’Alain Finkielkraut (Seuil).

« Extraits de café » d’André Carpentier, québécois (Boréal).

« Tintin au pays de la ferveur », d’Alain-Bernard Marchand, québécois (Herbes rouges).

« Délit de fiction; La littérature, pourquoi? » de Luc Lang (Folio essais).

Et prévoyez étaler sur l’été chacun des suivants, en lisant un chapitre ici et là :

« Préface à la vie d'écrivain » de Flaubert, Gustave.

« Les testaments trahis » de Milan Kundera.

« La difficulté d'être » de Jean Cocteau.

« Géographie du roman » de Carlos Fuentès, écrivain colossal qui vient de nous quitter.


Nouvelles.

Tout Raymond Carver, en commençant par « Parlez-moi d’amour ». (Beauté de la traduction: en anglais, le titre est « What we talk about when we talk about love ».  Cherchez l’erreur.)

Tout Tchekhov.

« Incertitudes » de Josée Bilodeau, québécoise  (QA).

« Des histoires pour rien » de Lorrie Moore (Rivages poche), vous allez mourir de rire.

« Les petits cailloux » de Claude Gutman (Julliard).


Romans.

« La gloire de Cassiodore » de Monique Larue, québécoise (QA).

« L'angoisse du gardien de but au moment du penalty » de Peter Handke (Folio 1407).

« Claustria » de Régis Jauffret (Seuil), et si vous êtes courageux, « Microfictions » (Gallimard), deux briques, mais attachez-vous, Jauffret décape, vous saurez après trente pages si vous aimez ou si démissionnez de votre emploi.

« Lunar Park » de Bret Easton Ellis (Robert Lafont, Poche 13034).

« Dire son nom », de Francisco Goldman (Christian Bourgeois éditeur), mon dernier coup de cœur. Être bien attaché, ici aussi.

« Le marin rejeté par la mer » de Yukio Mishima (Galimard, Folio).


BD.

Rabagliati, Michel (tout).

Greg (tout), mais surtout Achille Talon.

« Le retour à la terre » de Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet (Dargaud).


Poésie.

À travers tous les québécois (auxquels je me limiterai), j’ai un faible pour les contemporains, Dupré, Jean-Marc Desgents, René Lapierre, Hélène Dorion, Kim Doré, Hélène Monette, mais je n’ai pas assez d’espace pour nommer d’autres essentiels. L’autre génération, celle des statues qui ont leur nécessité mais qui finissent par masquer la forêt (Miron, Nelligan, Grandbois, Giguère, Godin, Lasnier, etc.), je les admire et les remercie, mais il « faut savoir mettre une fin à la parole, pour accéder à l’âge de la réflexion » — Miron, justement.  Cela précisé, absolument tout ce que vous trouverez du côté québécois, et à haute voix si vous pouvez (vous saurez ainsi, dans la librairie même, si « ça » parle vraiment. Je veux dire : « à » vous, donc si vous pouvez acheter le recueil, et bref, s’il a été publié pour l’auteur ou pour vous.) Je précise que de laisser de côté un recueil de poésie est une bonne nouvelle à mes yeux. D’abord, parce qu’il a été pris dans les mains de quelqu’un, et ensuite parce que ce quelqu’un se fait une idée.


Si vous lisez la moitié de cette liste cet été, eh bien bravo, mais aussi : « Tu seras pas le même homme, ti-gars… », comme disait mon papa en grattant la crinière de mon premier cheval, et en le regardant droit dans ses yeux fauves. C’est à moi qu’il s’adressait, je crois.


Un mot sur la situation politique et les probables élections automnales ? Si vous y tenez. Je citerai Georges Bernard Shaw, prix Nobel de littérature 1925 : « Les hommes politiques sont comme les couches. Il faut en changer souvent, et pour les mêmes raisons. »


Allez. Bel été ; que ce repos du corps soit un tremplin pour vos réflexions et vos amours. On se retrouve fin août.