Prémonition?
15 septembre 2012

Hello, vous.


Je commencerai la saison avec ce qui pourrait apparaître du réchauffé (l’extrait d’une chronique de riens parue le 10 juin dernier), mais de toute façon on oublie vite, et « qui n’a pas relu n’a pas lu », disait Jacques Poulin. D’autant qu’à la lumière de l’attentat perpétré contre Pauline Marois au Métropolis le 4 septembre, vous verrez que ce n’est pas vraiment du réchauffé.


« Notre responsabilité première est de faire attention, de prendre garde. « Primum non nocere » : d’abord ne pas nuire (« Traité des épidémies », Hippocrate).


« C’est pourquoi certains acteurs sociaux (blogueurs, éditorialistes, chroniqueurs, animateurs, enseignants, etc.) sont dangereux. Ils approchent une allumette d’un feu qui couve, sans prendre garde, sans précaution autre que de livrer leur tranchante vision des choses. Ensuite, ils se disculpent. « Liberté d’expression ! » Ils se présentent avec une allumette — mais auraient pu arriver avec un sourire, voire une ouverture. Malheureusement, apaiser la hargne plutôt que l’attiser ne fait pas de la bonne copie, ni de la bonne guerre saignante où on s’insulte en refusant de voir les effets collatéraux de ce climat de ruelle. Leur liberté, eux, c’est la provocation, c’est se promener avec un chalumeau dans les stations-service. Ils ont le droit, et ils invoqueront ce droit.


« Leur foutue liberté d’expression, c’est clair, ouvre la porte à des excès déments, quand chacun finit par trouver normal de hurler sans précaution son étroite vision du monde. Cette liberté d’expression, pourtant si chère à mes yeux, devient pour ces pyromanes un prétexte pour expulser le bon sens au profit du « droit ». Des limites sont dépassées désormais, et le spectacle de ces limites dépassées entraîne lui-même des conséquences folles. (Comme ce type qui invoquait sa liberté d’expression pour diffuser sur YouTube la vidéo du dépeçage du jeune chinois découpé par le psychopathe Magnotta. Du pur délire.) Ce que nous nous permettons peut enflammer la paille, et là-dessus chaque acteur public, y compris moi, doit faire un examen de conscience sérieux, pour reconnaître quel rôle latent a pu jouer dans l’horreur son propre penchant pour la phrase incendiaire, le mot qui tue, celui qu’on aurait pu taire. (Lisez les insultes véhiculées dans les médias sociaux : nazis, fascistes, crosseurs » : aberrant.) C’est parfois nous qui donnons le premier coup d’aile, pas le papillon, et la tornade survient au bout du monde, ou dans notre propre cour, et ensuite on joue la surprise ? Nous sommes responsables de réfléchir aux conséquences de nos avancées sémantiques : soyons prudents avec le langage, ce n’est pas compliqué.


« Et ceux qui nient la responsabilité accolée à la parole publique, ceux qui ne prennent pas d’abord soin de leurs semblables, n’ont aucune décence, nous prennent pour du bétail. Je ne sais pas si peux être plus clair. Ces salopards vont ensuite invoquer leurs droits, ne se sentant jamais responsables de quoi que ce soit. »


Fin de l’extrait. Je ne dis pas que le cinglé du Métropolis a été emporté par les paroles agressives, il est responsable de ses actes, mais je sais que le climat d’assaut verbal a des conséquences que nous pouvons éviter — tout en disant tout de même très clairement notre avis. Ménageons notre langage et restons, au moins, polis ; on n’est pas des bêtes. (Et ça vaut pour les élus de l’Assemblée Nationale, qui ont mué ce lieu en arène de combat extrême pendant la dernière année.) Bel automne.